Collectif Oasis Réunion

Collectif Oasis Réunion

samedi, 09 septembre 2017 09:48

THEVENIN Thierry

Herboriste, botaniste, producteur – cueilleur de plantes médicinales Porte-parole du Syndicat des Simples.

OASIS-RÉUNION, POUR QUE PROSPÈRENT LA FLORE RÉUNIONNAISE AINSI QUE CELLES ET CEUX QUI LA PROTÈGENT

“I arèt pas aranz partou, konstrui é mèt béton !” Rita Techer, tisaneuse

On aimerait que tout le monde se souvienne davantage de l’article 33 de la loi d’orientation de l’Outre-Mer (LOOM n°2000-1207 du 13 décembre 2000) : « L’État et les collectivités locales encouragent le respect, la protection et le maintien des connaissances, innovations et techniques des communautés autochtones et locales fondées sur leur mode vie traditionnel et qui contribuent à la conservation du milieu naturel et à l’usage durable de la diversité biologique. »
Ce dernier point est crucial. Par exemple, à la Réunion, sur les quelque 900 espèces végétales indigènes, près de 240 sont endémiques, c’est-à-dire qu’elles ne poussent que là et nulle part ailleurs dans le monde. C’est la raison principale qui a valu à l’île d’être inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2010 – ce qui, soit dit en passant, n’est en général jamais le signe d’un avenir très florissant . En effet, un tiers des espèces sont menacées de disparition à court terme, principalement par les promoteurs de l’urbanisation et de l’agriculture productiviste1… Certes, on essaie bien de désigner quelques responsables plus faciles : pestes végétales, incendie, tisaneurs et cueilleurs sauvages. Or, c’est la destruction des écosystèmes qui met les espèces en péril. Une peste végétale ne se développe jamais aussi bien que dans les écosystèmes à bout de souffle, à bout de pollutions et de perturbations diverses. 
Soyons honnêtes, c’est bien plus sûrement la culture systématique de la canne2 dès le
XIXe siècle pour les sucreries (et la production d’électricité aujourd’hui), la culture intensive du géranium ‘Bourbon’ dans les savanes de l’Ouest pour la parfumerie dans les années 1930, ou encore le développement de l’urbanisation dans les Hauts, grâce notamment à la fameuse “Route des Tamarins”, qui ont détruit et détruisent les écosystèmes et la biodiversité réunionnaise plutôt que les tisanèr3 ou le feu du volcan! 
La plupart des tisaneurs actuels sont en fait très conscients de la valeur et de la fragilité de leur ressource et commencent souvent à cultiver les plantes dans leurs jardins. Certaines et certains expriment le souhait que se développe l’activité de planteur pour reconstituer des zones à plantes médicinales et continuer durablement leur activité traditionnelle. Puissent-ils contribuer modestement ainsi à ce que l’île de la Réunion devienne rapidement Oasis-Réunion. 
 
Thierry Thévenin,
Herboriste, Botaniste,
Producteur – cueilleur de plantes médicinales Porte-parole du Syndicat des Simples http://www.syndicat-simples.org/ 
 
 
 
 
 
 
 

[1] - Ces lignes sont extraites de :
Thierry Thévenin, Plaidoyer pour l’herboristerie, éditions Actes Sud, 2013

[2] - La canne ou le béton… “Sur une île où l’espace est limité et la pression démographique forte, les terres agricoles sont fortement convoitées, la canne joue un rôle de régulateur foncier (…), elle permet de limiter l’étalement urbain.” Alim’agri, supplément 1549, juillet-août-septembre 2011.

[3] - A propos des fameuses accusations, souvent évoquées, de pillage du bois de ronde (Erythroxylum sideroxyloides) par les tisaneurs, il faut tout de même se souvenir que cet arbre appartient à un domaine écologique dont l’éradication n’est pas spécifiquement de leur fait : “Les zones basses où se sont concentrées l’urbanisation et les activités agricoles n’ont conservé qu’environ 1 % de leur couverture forestière initiale.” (Vincent Boullet, CBN des Mascarins, 2006).


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mardi, 05 septembre 2017 04:28

GEVAERT Pierre

Soutien de Pierre GEVAERT, pionnier en agro-écologie depuis les années 50, fondateur en 1957 de LIMA producrice d’aliments de culture biologique

De l’agriculture biologique à l'agroforesterie. Un peu d'histoire.

L'agriculture chimique a commencé officiellement en 1960 avec la loi d'orientation agricole dont le but était : introduire l'agrochimie pour pouvoir produire industriellement et exporter un maximum grâce à la chute des prix à payer aux producteurs.

Déboisements rapides et remembrement intensif, fini les haies, les bosquets, les fossés, les aménagements anti-érosifs, fini l’agriculture familiale . Seuls "les exploitants audacieux" capables d'investir dans les machines, les engrais chimiques, les pesticides, et grâce à la bénédiction du Crédit Agricole, purent tenir. L'exode rural était massif et rapide : adieu les savoir-faire, adieu à nos courageux paysans et artisans gardiens de la nature, adieu à la fertilité des sols, adieu aux beaux paysages riches en biodiversité...

Seuls tinrent le coup quelques "résistants" produisant sans l'arsenal chimique et prêts à assumer des récoltes réduites au tiers par rapport aux autres.

Heureusement, dans le même temps, des consommateurs conscients du drame écologique à venir, et quelques acheteurs prêts à payer jusqu'au double du prix officiel, permirent à la culture biologique de s'installer par-ci par-là. Phénomène typiquement français : malgré le consensus sur les principes de base plusieurs écoles se disputent "la meilleure méthode". Après le congrès de Nature et Progrès (1)à Mulhouse, Philippe Desbrosses et Pierre Gevaert, dans le train de retour, expriment leur découragement face à tant d'énergie gaspillée lors de ce congrès. Décision est alors prise de créer un syndicat unitaire pouvant rassembler toutes les tendances. Il s'appellera le Cinab (comité interprofessionnel de l'agriculture biologique). C'est avec cette structure que les deux déjà nommés et Antoine Roig, réussirent par des dizaines de réunions au ministère de l’agriculture à faire homologuer les cahiers des charges de l’AB en 1979 à, et à faire accepter le mot "biologique" comme titre officiel dans la loi sur l'AB votée en 1980. A noter que l'association Nature et Progrès a joué un rôle important sur tout le parcours de la lutte pour faire reconnaitre l'AB. Mais la lutte n'est pas finie, nous perdons encore un temps précieux au niveau des différentes méthodes de culture pour orienter les demandes qui se multiplient dans des sens toujours 100% Bio certes, mais pas assez unifiés.

Cette unité, où peut on la retrouver ? Dans la nature, disons dans la nature telle qu'elle était avant l’ère industrielle : elle était couverte de forêts !

L'arbre est un organisme vivant au même titre que l'animal, il est le gardien de la vie et de sa pérennité. Les arbres se parlent entre eux, ils sont reliés par les filaments mycorhiziens. Leur rôle fondamental est d'assurer les équilibres biologiques et climatiques. La fertilité des sols, la juste distribution des eaux, la biodiversité animale et végétale, la beauté et la durée dépendent d'eux. Un paysage sans arbres est comme une femme sans cheveux ......

Le Gers, belle région à reliefs multiples, est sujet à l'érosion; l'association « Arbre et Paysage » (2)présidée par Alain Canet est occupée à reforester chaque parcelle cultivée. Le syndicat agricole majoritaire s'y opposait jusqu'au jour où des études sur les rendements ont prouvé que, malgré la perte de surfaces occupées par les arbres, les rendements étaient équivalents voire meilleurs. En Afrique noire, les APAF (associations pour la promotion des arbres fertilitaires) (3)réussissent, grâce aux paysans locaux, à planter des millions d'arbres dans leurs champs épuisés par les cultures chimiques. Grâce à Pascal Humbert et Bruno Devresse (de l'APAF France) et Mansour Ndiaye (de l'APAF Sénégal), six pays Sahéliens sont en ce moment concernés.

En Afrique on choisit les arbres de la famille des acacias, ils sont fertilitaires parce qu’ils stockent l'azote de l'air dans les sols, pompent l'eau des profondeurs et solubilisent le phosphore. Ils rendent les sols vivants, faciles à travailler. On plante les arbres tous les dix mètres au carré; en France on choisit les arbres locaux, on les plante tous les 20 mètres au carré.

Conclusion : presque plus besoin de fertilisants y compris le compostage qui se fait surtout en surface par une couverture permanente, plus besoin de beaucoup de sous-solages et les travaux habituels du sol, la terre qui grouille de vie s'en occupe. Oui, le non travail enseigné par Masanobu Fukuoka (père de la permaculture) est possible. (4)

ll y a un banc dans le jardin potager, on va pouvoir contempler et réfléchir sur la nécessité de se rassembler au niveau des "Colibris" initiés par Pierre Rabhi (5), et surtout : s'occuper des communautés villageoises à reconstruire ! telles que décrites dans l'ouvrage : « L'humanité en mal de terre : plaidoyer d'un paysan pour le retour à une civilisation agraire »(6)

Dans cet esprit de re-nouveau et de re-évolution, je soutiens le rassemblement citoyen « OASIS RÉUNION », aussi ambitieux que réaliste, qui vise à éliminer en totalité les fertilisants et traitements issus de la chimie de synthèse en les remplaçant par des savoir-faire traditionnels respectueux de la grande et belle biodiversité qui règne encore sur l'île de La Réunion. L'agroforesterie y aura, bien sûr, toute sa place, pour refertiliser progressivement tous les grands espaces dévolus à la culture industrielle de la canne à sucre.

La Nature nous rappelle toujours à son ordre mais avec, heureusement, beaucoup de générosité et de tolérance.... dès lors que nous n'agissons plus contre elle, mais avec elle.

 

Pierre Gevaert

Agronome, conseiller en agroécologie, conférencier,
Fondateur en 1957 de l'entreprise Lima productrice d’aliments en culture biologique, et de l'association Sahel People Service
Président d’honneur de l’APAF (Association pour la Promotion des Arbres Fertilitaires, de l’Agroforesterie et la Foresterie)

 

 

 

 

(1) Fédération Nature & Progrès www.natureetprogres.org

(2) Arbre & Paysage 32 www.ap32.fr

(3) Association pour la promotion des arbres fertilitaires, de l’agroforesterie et la foresterie www.ong-apaf.org

(4) Masanobu Fukuoka (1913-2008) https://fr.wikipedia.org/wiki/Masanobu_Fukuoka

(5) Mouvement Colibris www.colibris-lemouvement.org

(6) L'humanité en mal de terre : plaidoyer d'un paysan pour le retour à une civilisation agraire, Pierre Gevaert, David Stevens  (paru en juillet 2017 aux Editions Trédaniel) http://www.editions-tredaniel.com/lhumanite-en-mal-de-terre-p-7312.html

 


 

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mardi, 05 septembre 2017 03:53

LE GOFF Lylian (Dr)

« OASIS REUNION » a pour objectif de tendre vers davantage d’autonomie pour une île très dépendante d’une métropole distante de 10 000 km.

Ce projet est ambitieux, voire utopiste, mais il appartient à la catégorie de ces « utopies réalistes » qui répondent à la citation d’Oscar Wilde : « le progrès est la réalisation des utopies ».

Ce serait assurément un progrès que de répondre - enfin - aux paradigmes d’un développement soutenable définis au Sommet de la Terre de Rio en 1992, globalement plus économe et autonome. Or une île est une entité géographique, politique et socioéconomique qui se prête - et qui nécessite - une telle évolution, devenue indispensable à une cohabitation viable et vivable entre l’Homme et son environnement.

Une telle évolution nécessite que l’économie, surtout lorsqu’elle se « financiarise », cesse d’être prédatrice pour les équilibres naturels et sociaux et se remette au service du vivre ensemble dans un environnement préservé. Maintenir une trop grande dépendance à des aides de toutes sortes, non seulement va à l’encontre d’un développement soutenable, mais favorise la pérennité de l’implantation de lobbies.

Toutes les entités sociétales et tous les domaines d’activités sont concernés par le développement durable dont la boîte à outils s’appelle « Agenda 21 » qui doit s’entendre par « programme d’actions pour appliquer le développement durable durant le 21e siècle » ; son application doit être cohérente, à la fois d’une manière verticale au sein des différentes entités territoriales – pour La Réunion qui est à la fois une région et un département, quel est son agenda 21 ?..., chaque entreprise, établissement scolaire, foyer, pensent-ils et agissent-ils  en fonction de leur agenda 21 ?... –  que transversale, les principaux dossiers étant ceux de l’énergie, de l’agriculture et de l’alimentation, mais aussi de la santé, des modes de consommation, de déplacement, d’habitat, l’aménagement des territoires, etc.

L’île de La Réunion est un joyau, non seulement pour sa richesse en sites naturels mais aussi pour abriter une cohabitation remarquable, ethnique, culturelle et religieuse, devenue une exception de par le monde. Non moins remarquables sont  ses capacités d’autonomie en matière d’énergie et d’alimentation dont je peux témoigner car j’ai pu les constater lors d’un séjour effectué en octobre 2009 invité par la région pour sensibiliser et former des cadres administratifs et le public lycéen aux relations entre la santé, l’environnement et l’alimentation dans la cadre du développement durable.

Sur le plan énergétique, la volonté politique était à l’époque clairement exprimée de tendre vers cette autonomie par le recours diversifié à l’énergie solaire, thermique et photovoltaïque, éolienne, géothermique (embryonnaire à l’époque) ; depuis, ces alternatives aux énergies fossiles ont pris de l’essor cohabitant parfois avec le développement de productions agrobiologiques – en toute cohérence … 

Le développement de l’agriculture biologique, qui est au cœur du projet « Oasis Réunion », est porté par une équipe de Réunionnaises et Réunionnais, déjà soutenus par plus de 5000 signatures. Il est coordonné par Bernard ASTRUC dont je peux témoigner du fervent militantisme pondéré mais efficace, et de ses compétences, mis en œuvre pour le développement d’une agriculture et d’une consommation alimentaire équilibrée et bio, en France métropolitaine depuis des décennies, et à La Réunion à plusieurs reprises.

Il a le souci que les pratiques d’agriculture écologique proposées se fassent « dans le respect, le plus possible, des traditions culturales et culturelles propres à La Réunion, telles qu’un certain nombre d’agriculteurs « Péi » s’efforcent toujours de les faire vivre, dans la biodiversité des variétés végétales et des espèces animales propres aux différents territoires et à leurs microclimats, au plus près des Lois de la Nature ».

La Réunion souffre d’une moindre espérance de vie par rapport à la métropole en raison d’une surmortalité par obésité, diabète et maladies cardio-vasculaires (particulièrement chez la femme), pour lesquels la cause prédominante est une alimentation importée et trop raffinée.

L’essentiel du remède pour corriger cet état des lieux sanitaire préoccupant passe par l’alimentation, en majorité non raffinée, avec des produits frais et locaux, selon un meilleur équilibre alimentaire entre produits animaux et végétaux, surtout pour les apports en protéines. Or, il s’agit en fait, « simplement », de revenir à la culture alimentaire réunionnaise qui repose sur la variété des produits de la mer et des élevages de proximité, des fruits et légumes, des variétés végétales riches en protéines et nutriments protecteurs qualifiées de graines dans le « manger créole » (le cirque de Cilaos a bien sa variété de lentilles spécifique, endémique à l’Ilet-à-Cordes) - mais on peut produire sur l’île bien d’autres légumineuses qui, de tous les aliments, sont les plus riches en protéines, en fibres, en nutriments variés, et dont l’index glycémique est très faible, ce qui est protecteur contre les fléaux sanitaires affectant la population réunionnaise.

Ce projet « OASIS REUNION » est très porteur d’espoirs : qu’un territoire riche d’un tel potentiel ne soit plus cantonné aux clichés d’une carte postale pour mieux puiser dans ses ressources propres à satisfaire ses besoins et résoudre ses problèmes et puisse devenir un exemple à faire valoir pour qu’advienne enfin un développement soutenable et … enviable !

Docteur Lylian LE GOFF

Médecin, environnementaliste, Conférencier, membre du comité de pilotage du Plan Régional Santé Environnement (PRSE) de Bretagne, ancien administrateur de France Nature Environnement en charge du dossier OGM, ancien conseiller de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, et conseiller de plusieurs associations bretonnes de protection de la Nature, auteur de plusieurs ouvrages dont " Manger bio c’est pas du luxe " Ed. Marabout (2016).

 

 

 

 


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